Comment l’industrie du yachting a t-elle fait face à l’année 2020 ?

Article écrit par Pierre Souriau, cofondateur et directeur des opérations de Marinescence Media.
On le sait déjà, l’année 2020 aura été une année noire pour de nombreuses industries. Mais d’autres, fortes d’avoir su exploiter les nouveaux enjeux imposés par la crise – le boum du digital, l’augmentation du pouvoir d’achat des ultra-riches, la bonne application des mesures sanitaires et des capacités d’adaptation express – ont su tirer leur épingle du jeu : à commencer par la très exclusive industrie du yachting.

Tendances du yachting en 2020

A ce jour, plus de 60 000 yachts de plaisance (de 20 à 160 mètres) peuplent les eaux du monde. Un accroissement exponentiel depuis plus de 20 ans, que le Covid-19 n’aura pas mis en faute. Face aux traditionnels Caraïbes et mer Méditerranée, de nouvelles destinations émergent, comme le Montenegro ou l’Asie du Sud Est, désormais bassins à la mode. Pas assez exotiques ? Pourquoi ne pas tenter le pôle Nord à bord d’un super yacht d’exploration.

Si l’on pourrait prêter aux ultra-riches le goût de la propriété, la croissance du yacht charter nous suggère une tendance contraire. Face aux yachts privés, ces bateaux de location sont en effet de plus en plus prisés. Comptez, en moyenne, 10% du coût d’achat à débourser chaque année pour le fonctionnement d’un yacht, répartis entre les salaires des membres d’équipage, le fuel, l’entretien, la décoration, les frais de port ou la nourriture. A rajouter aux 100 millions d’euros HT à l’achat d’un bateau de 90 mètres, (50 millions pour un 65 mètres), et vous aurez ainsi une bonne estimation des dépenses à prévoir avant d’investir dans son propre yacht. Le charter est une alternative moins engageante. Un navire de 40 mètres se loue ainsi aux alentours des 100 000 euros HT par semaine. S’il a des allures de palace flottant, les prix bondissent selon la longueur du bateau et atteignent le million d’euros par semaine. A noter : ces budgets excluent les frais annexes (nourriture, boissons, activités à bord) qui s’élèvent au minimum à 30% d’addition supplémentaire.

2020 est aussi l’année de l’accélération de la digitalisation des initiatives commerciales et des méthodes de travail. Centralisation des informations, bases de données conséquentes, intermédiation digitale clients/fournisseurs et opportunités marketing sont plus que jamais l’appanage du numérique. Une invitation à l’innovation pour un enjeu central du monde d’aujourd’hui. Et pour le monde de demain, un engagement s’impose de plus en plus aux acteurs de l’industrie : comment pallier à l’impact environnemental du yachting ? Pour ce faire, les institutions se mobilisent. A Monaco, et depuis sept ans, se tient chaque année le Monaco Solar and Energy Boat, qui récompense des projets de bateaux à propulsion éco responsable, hydrique et solaire, et encourage ainsi leur développement. La société Oceanco, mastodonte de la construction de superyachts, vient de dévoiler son projet Oceanco NXT, un mouvement appelant les acteurs du yachting à se regrouper pour mettre leurs forces en commun au service de bateaux respectueux de la vie sous-marine.

Cette année bouleversée n’aura donc pas empêché la jeune industrie du yachting de mettre en place des projets innovants et d’asseoir son attractivité auprès des plus aisés, confortés par les rapides dispositions employées par les professionnels du secteur pour pallier aux contraintes, tels que les gestes barrières. Dans un contexte sanitaire préoccupant, le yacht ne serait-il pas le lieu le plus sûr au monde ?

Le Savannah (Feadship), premier yacht à moteur hybride naviguant sur les eaux turquoises des Seychelles.

Le yachting au temps du Covid-19 : impact et mesures

En quelques semaines, le principe de distanciation sociale est devenu une notion familière, puis une préoccupation quotidienne. Et les projets de voyage, mis à mal par des moyens de transport et d’hébergement peu adaptés à l’éloignement physique, se sont retrouvés en suspens.

Faire face aux deux mois de confinement et employer une politique d’investissement pour les restructurations imposées par l’Etat a affaibli un certain nombre de sociétés : faute de trésorerie suffisante, des petites structures ont fait faillite. De grandes entreprises historiques ont été également lourdement touchées, comme Bénéteau, leader mondial du bateau de plaisance, qui a fermé deux sites et envisage la suppression de 1390 emplois.

Mais ces exemples font figures d’exception. L’inquiétant mois de mars, avec ses marchés incertains, aura vite laissé place à un boum des modes de voyage privés, offrant, de fait, distanciation, liberté de mouvement et sécurité. Et la saison d’été, hautement dynamique et boostée par l’enrichissement spectaculaire du public du yachting observé les mois précédents, aura confirmé la résistance de l’industrie du yachting face à la crise : aux Etats-Unis, +19% de ventes de bateaux de plaisance en mai 2020 par rapport à 2019. Des achats souvent influencés par le virus, pour des riches toujours plus riches souhaitant préserver leurs vacances, en Méditerranée pour les Européens, aux Caraïbes pour les Américains, aux Maldives et aux Seychelles pour les plus fortunés d’entre eux.

Le marché du charter a ajusté son offre, tant tarifaire qu’en terme d’activités à bord. Moins d’escales à terre, plus d’expériences gastronomiques et des itinéraires qui changent. Des initiatives marketing rapides au nom de produits et de services adaptés à la situation particulière. Ainsi, les données en terme de recrutement sont restées au beau fixe. D’après Nicolas Pélisson, directeur de Marinescence : « L’offre s’est adaptée aux attentes du marché. Pour les bateaux navigants en Méditerranée, nous envoyons cette année beaucoup de marins français et italiens, au détriment des Anglais ou des Sud-Africains par exemple, car les procédures d’embarquement sont plus compliquées pour les ressortissants des pays hors UE. Les observations sont identiques dans d’autres régions du monde : on sollicite au maximum une main d’oeuvre locale, mais la demande est là. »

Que les acteurs du yachting soient rassurés : le secteur a su solidement traverser cette année de pandémie et l’attrait des ultra-riches pour ces palaces flottants, conjuguant isolement et liberté de circulation, n’en a été que plus fort. Les professionnels de l’industrie ont su saisir les opportunités d’un tel bouleversement, adapter leurs offres et respecter rigoureusement les protocoles de dépistage et de distanciation.

Malgré le contexte, le Fort Lauderdale International Boat Show a bien eu lieu au mois d’octobre.

Dans le flou, des entreprises qui brillent

Les sociétés ayant réussi à diversifier leur chiffre d’affaires et à se servir des leviers numériques pour accompagner leur diversification auront été les premières à bénéficier du rebond du yachting.

Des exemples illustrent ces opportunités saisies au vol : la société BWA a ouvert un nouveau bureau en Norvège pour répondre aux demandes démultipliées d’un service de conciergerie pour yachts. H&V Yachting a quant à elle digitalisé toutes ses procédures pour traiter plus de demandes. Gourmet Deliveries, chargée d’approvisionner villas et superyachts en boissons et nourriture, a déployé de nouveaux process sanitaires, mais aussi d’achat, de saisie de commandes et de livraison pour poursuivre son activité. Marinescence a déployé une application de video interviews pour poursuivre ses missions de recrutement d’équipages à distance. YachtSafety fournit désormais les yachts en matériel de protection contre le Covid-19 et Absolute Magnitude a développé des solutions désinfectantes mieux adaptées à la typologie des bateaux.

Les brèches ouvertes par la crise sanitaire auront permis à certains acteurs du secteur de s’engager dans des démarches innovantes. Une performance que de se distinguer dans cette industrie très fermée, où enjeux financiers et normes de qualité et de confidentialité prédisposent les compagnies historiques à être particulièrement méfiantes face aux jeunes entrepreneurs et nouveaux arrivants.

Pierre Souriau

Cofondateur Marinescence Media

Grâce à une technologie développée en 2017 et combinée à une base de données de plus de 30.000 personnes, Marinescence Media propose des solutions d’acquisition de clients et de placement de produits pour les sociétés souhaitant pénétrer l’industrie du yachting.

Partager l'article

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur print
Partager sur email

Contactez-moi

Vous souhaitez réaliser une interview, faire appel à moi pour une conférence, vous souhaitez contribuer au blog, ou pour toute autre demande, vous pouvez me joindre directement. Vous trouverez également les coordonnées de Market Securities si vous souhaitez recevoir leur offre de recherche (dédiée aux investisseurs institutionnels).